Nous préparons notre départ pour la Tchécoslovaquie car il faut y aller dès juillet quand auront lieu les Spartakiades, magnifiques évolutions sportives
préparées dans tout le pays, de l’école primaires aux retraités en passant par l’armée et les ouvriers de nombreuses usines, les participants ont de 7 à 88 ans.
Nous voilà donc tous les quatre, en ce mois de juillet 65, en partance pour la Tchécoslovaquie dans notre petite deux-chevaux bourrée jusqu’au toit de tout notre
matériel de camping et de cadeaux. Nous traversons l’Allemagne. Assez décevante je trouve, comme à notre habitude nous avons pris la voie la plus directe, sans nous embarrasser de passer par les
autoroutes. Mal nous en a pris car si l’Allemagne est beaucoup mieux dotée en autoroutes que la France le réseau secondaire est lui dans un état lamentable ! De plus je n’aime pas son
architecture un peu lourde à mon gré. Quant à la gastronomie ! Nous mangeons une choucroute horrible, je dois reconnaître que nous avons un peu manqué de jugeotte car ce n’est vraiment pas
la saison… bref la traversée de l’Allemagne n’est pas inoubliable.
Mais notre entrée en Tchécoslovaquie par Pilsen est un choc. La ville des usines Skoda est plus noire que nos villes minières et tout y semble à l’abandon. Si nous
sommes rassérénés par la campagne verdoyante, les routes allemandes sont magnifiques en comparaison de celles-ci. Nous roulons doucement évitant les trous et les troupeaux
d’oies. Nous arrivons pourtant à Prague mise en effervescence par la préparation des Spartakiades. Nos amis nous ont envoyé un joli plan qui s’avère inutilisable, il y a des déviations partout,
des sens interdits de tous les côtés. Un peu perdus nous nous adressons à un policier qui par bonheur semble prendre en grande considération les touristes que nous sommes, nous ouvre la voie qui
conduit chez nos amis. Nous nous apercevrons vite, que notre nationalité française est un passeport de choix. À l’époque la culture française est encore très ancrée dans ce pays qui nous
aime.
Nous sommes devant la porte de l’appartement de Véra et son mari. Ils nous attendent et dés que nous sonnons la porte s’ouvre… Pourquoi sommes-nous pris d’un grand
éclat de rire ? Ils sont tels que nous les avions rêvés et eux nous découvrent probablement aussi comme ils avaient imaginé un jeune couple de Français et leurs deux enfants. Véra parle bien
le français, mais Zdeniek pas un mot. Pourtant nous allons parfaitement nous entendre et il nous fera beaucoup rire, son humour sans limites ressemble à celui de Claude.
Comment raconter ce voyage de cinq semaines en Tchécoslovaquie qui pourrait à lui seul faire l’objet d’un livre, mon coup de foudre pour
Véra et au-delà d’elle pour son mari, ses amis et son pays ? Quelque chose de fort, d’irraisonné, mais justifié par le big-bang de ma vie. Je ne serai plus jamais la même après lui. J’ai
découvert le mensonge organisé à l’échelle du monde. Les dénonciations qui viendront par la suite jusqu’à l’écroulement sur lui-même du régime ne me réconforteront pas. J’ai appris là, la
duplicité universelle. Pourtant ses vacances restent pour moi les plus belles. J’ai trouvé dans ce pays le meilleur et le pire, la beauté et la laideur extrême.
Nous sommes reçus tous les quatre chez nos amis, dans le bel appartement où Véra est née et où elle demeure avec sa mère, son mari, sa fille. Jeanne et sa
grand-mère sont dans leur petit chalet à la montagne. Naturellement ils ne sont plus propriétaires ni du chalet, ni de l’appartement et paient un loyer, on ne les a pas chassés de chez eux c’est
déjà bien !
Véra nous fait découvrir avec délectation cette ville magnifique, son château avec toutes ses statues, son incroyable jardin et sa fontaine chantante, ses arbres
immenses, le pont Charles et son alignement de statues, la ruelle d’or, la Cathédrale Saint Guy et l’église Saint Nicolas, la pendule animée de l’hôtel de Ville, Prague la
ville dorée, Prague plus qu’un décor, une âme…
Durant les Spartakiades je n’ai pas vraiment pris la mesure de l’angoisse sourde de tout un peuple. Cette grande fête sportive qui existe depuis toujours, même bien
avant la guerre et qui a lieu tous les quatre ans est l’occasion d’une liesse populaire qui n’a pas son égale en France. Nos amis feront toujours le maximum pour que nous profitions pleinement de
notre séjour. Ce qui participera sûrement à le rendre inoubliable. Donc aux Spartakiades nous sommes à la tribune officielle à coté de l’ambassadeur du Vietnam. Quelle chance ! Naturellement
lui et sa femme parlent français et leurs enfants également, mais puisqu’ils vont à l’école ici ils se débrouillent parfaitement en tchèque. Nous aurons ainsi toutes les explications sur le
spectacle et à l’entracte ils se distrairont avec Marc et Cathy de leurs fourmis dans les jambes. Nous avons remarqué que beaucoup de spectateurs mangeaient quelque chose qui pouvait ressembler à
du blanc d’œuf servi dans un pot de miel j’essaie d’en faire le goûter des enfants. En fait, ce sont d’énormes et excellentes glaces qu’ils ne pourront malgré leurs efforts et
leur gourmandise terminer.
Je crois que le spectacle durera quatre jours… Après il y aura des sorties dans Prague, seuls ou en en compagnie de Véra quand elle peut se libérer. Elle est
réalisatrice à la télévision et son mari acteur au Théâtre sur la Balustrade. François, leur meilleur ami est le cameraman de Véra. Nous serons donc beaucoup filmés et photographiés en noir et
blanc car la photo couleur n’existe pas encore ici. Tout manque, le nécessaire le plus ordinaire, Prague ressemble à Paris en guerre, queue aux magasins, vitrines vides ou pleines de boîtes
factices et les maîtres mots lorsqu’on va s’approvisionner est : « N’auriez-vous pas par hasard… » Mais nos amis nous épargnent tous ces tracas et nous mangeons ce qu’ils mettent dans le
frigo. un jour Véra radieuse arrive avec des groseilles, ce n’est pas mon fruit préféré, mais elle en fait si grand cas, il y a de si nombreuses années qu’elle n’en a pas vues sur le marché...
qu’elles me paraissent délicieuses.
Plus personne n’étant propriétaire il semble que nul ne soit responsable de l’entretien des bâtiments. Des balcons s’étant effondrés sur des passants Prague est
bardée d’échafaudages. Je m’imagine que s’étant rendue compte de leur bévue les responsables ont entrepris les réparations qui s’imposent. Non pas du tout, les échafaudages resteront là des
années seulement destinées à soutenir les murs. L’immeuble face à la fenêtre de Véra est profondément lézardé je ne peux m’empêcher de lui en parler. Sa réponse sera la première flèche qui
blessera mon cœur.
- Les lézardes des murs ne sont rien, elles sont réparables, mais celles des âmes…
Nous allons à la rencontre d’un peuple que la privation des libertés les plus essentielles pourrait avoir brisé. Il a peur, tout le monde a peur de tout, des
interdits et même d’interdits imaginaires ou même anciens et révoqués... C’est pire que l’Espagne, mais alors que les Espagnols sont mortifères, les Tchèques sont la vie même. Comme à Paris
durant la guerre les salles de spectacles sont pleines à craquer, la fête est de toutes les soirées et le sexe en folie. Si nos amis ont la chance d’être un couple uni et fidèle, c’est rare. Ce
sont des artistes, ils vivent en se consacrant à leur art, plus qu’un métier une passion et qu’importe s’ils sont mal payés, non seulement par rapport aux artistes occidentaux et c’est sans
commune mesure, mais tout simplement par rapport aux ouvriers de leur pays. La Tchécoslovaquie n’a pas comme l’Union soviétique favorisé ses cadres, ses ingénieurs et ses artistes mais décrétés
l’ouvriérisme le plus absolu. L’échelle des salaires est donc inversée et les mieux payés sont les mineurs. Au premier abord cela nous semble juste, mais nous nous rendons compte au fur et à
mesure de notre voyage que cette politique conduit à des inepties. Les valeureux mineurs mènent grand train, voitures de luxe etc… Mais finalement profitent mal de leurs avantages. Leurs enfants
ne poursuivent pas d’études, « à quoi bon ! » Les seuls étudiants que nous aurons à connaître seront fils d’intellectuels et étudient parce que la culture est indispensable à certains comme
l’air qu’ils respirent, tout en sachant que cela ne leur apportera rien professionnellement.
Notre prise de conscience sera lente et nous serons heureux de monter dans le téléphérique au sommet des Tatras en compagnie de paysannes joyeuses. C’est beau à
vous couper le souffle et ces femmes en fichu, panier au bras en vacances, c’est le bon côté, celui que nous choisissons de regarder.
Dans les théâtres bondés aux innovations surprenantes comme il n’en existe pas chez nous, nous nous émerveillons sans restriction. Quand nous quitterons Prague pour
le périple préparé par nos amis la première étape sera un théâtre de verdure, au centre les spectateurs sur un plateau tournant passent d’un décor à l’autre. Bouche bée les Ettori ! À Prague le
théâtre de lumière noire et cet autre où se répondent écran et théâtre vivant... Oui, étonnés, séduits, bluffés, nous le sommes.
Mais il y a ces rencontres d’hommes et de femmes qui luttent pour leur dignité, pour survivre. Et un soir un homme s’effondre. Le docteur du village, interdit de
profession pour raisons vaguement politiques, emprisonné puis relâché, mais sans travail donc sans ressources, maintenant clochardisé, réduit à la mendicité... poignant !
Nous renonçons à dormir lors des beuveries du samedi soir, dans les villages, au matin, on ramasse la viande saoule. Pour les plus raffinés il y a les boîtes de
nuit, on y boit sec aussi et là mari et femme vont voir ailleurs, histoire d’oublier la condamnation d’un ami, le manque de la plus élémentaire justice, l’absence de tout et surtout d’espoir et
pourtant dans trois ans ce sera le printemps de Prague… Hélas ! Réprimé dans le sang par les chars soviétiques ! Mais sûrement avec la dignité et l’espérance retrouvées. Je raconte mal
j’anticipe toujours sur la vérité de l’instant où nous découvrons dans la joie de notre jeunesse, le bonheur d’être en vacances avec nos enfants, de nous aimer, d’être
accueilli par un peuple amoureux de la France.
Voilà que nous parvenons enfin cahin-caha dans notre deux-chevaux taillée pour les routes défoncées de la Tchécoslovaquie à notre campement principal 15 jours à
Vichné. Un volcan au pied des monts Tatras. Un volcan où nous nous baignerons par tous les temps dans l’eau à 30° dans ce cratère sans fond qui descend me semble-t-il jusqu’aux entrailles de la
Terre. C’est là que nous rencontrons Jacqueline, française et communistes comme nous. Elle est déjà venue l’an passé. Tombée amoureuse d’un tchèque elle est revenue pour le voir. L’homme est
marié et leurs rapports sont compliqués. Que ne ferait pas une femme amoureuse, pour quelques heures de bonheur ? Donc elle reste et attend. Elle se lie avec nous, nous apporte les bons
conseils d’une initiée et nous le divertissement dont elle a besoin. En plus grâce à elle nous reviendrons avec une collection surprenante de photos. Hélas, elles aussi en noir et blanc car elle
a oublié les pellicules couleur qu’elle avait pourtant préparées, cette fois. Quand nous irons visiter le joli village aux maisonnettes de bois agrémentés de superbes peintures de toutes les
couleurs elle se lamentera sur l’absence de ses Kodachrome. En plus au musée on nous a prêté d’incroyables et véritables costumes folkloriques qui pèsent leur poids, des
vêtements magnifiquement brodés. Nous nous photographierons costumés devant le musée et pour le coup, moi aussi, pourtant rétive à cette passion, je regretterai la couleur.
Que d’aventures, que de balades, de torrents en rivières, de voiture en bateau jusqu’à la frontière polonaise, de la cueillette des fraises des bois en forêt en
ascension périlleuse vers les sommets et quand le temps est au beau la piscine d’eau tiède, immense avec son île au milieu. La piscine cœur battant de la vie de Vichné où se croisent les amours,
se tissent les rencontres. Il y aura Madame Autruche (traduction de son nom) intelligente et légère, intellectuelle aux idées courtes, elle se fout de tout, mais nous rendra mille services
pratiques, comme l’accès à la douche de sa chambre car pour se laver les cheveux à l’eau froide il faut s’accrocher. Au camp les toilettes sont sommaires, tout juste une fontaine et pour la
toilette intime nous remplissons une cuvette que nous emportons sous la tente. Le camp ne brille pas par son confort, c’est encore plus simple que dans le Var et il y fait moins chaud. Notre
jeunesse s’en accommode…
Ce jour-là nous sommes surpris par un orage devant le restaurant et la pluie diluvienne nous pousse à nous réfugier dans le hall, sans aller, comme à l’habitude,
faire un brin de toilette, enfiler jupes et pantalons, puisqu’une tenue décente est exigée. En vacances à l’étranger nous nous plions volontiers à la règle… Mais cette fois nous refusons
formellement de partir malgré le doigt vengeur du directeur de l’hôtel qui nous indique la sortie.
Comment s’expliquer avec cet homme qui ne parle pas un mot de français ? Nos protestations demeurent vaines malgré les murmures de la salle en notre faveur.
Cependant un puissant vole à notre secours. Qui est-il ? Nous l’ignorerons toujours. Il présente une carte au directeur qui piteusement retourne à son bureau sans un mot. Nous aurons droit à
fortes excuses de la part de notre sauveur. La salle et les serveurs se réjouissent. Nous serons encore plus gâtés qu’à l’habitude. Notre serveur attitré fera de son mieux pour nous faire oublier
l’incident avec beaucoup de sourire et un empressement encore plus grand à nous servir tel que nous l’avons demandé. Ainsi jamais plus les steaks ne seront recouverts d’abricots au sirop, le
roquefort râpé, où la choucroute sucrée, seule, la salade juste rincée demeurera immuablement saupoudrée de sucre en poudre, des goûts et des couleurs ! Marc adore !
Notre amie Jacqueline a reçu des nouvelles de son grand amour elle part pour Prague. Du coup nous décidons de poursuivre notre périple. Dès le lendemain nous
partons pour Brno et son lac, puis pour les Carpates ou nous passerons les plus beaux moments de notre séjour. Un hôtel retiré, (nous avons toujours refusé les grands hôtels internationaux pour
touristes étrangers, pourtant à notre portée, mais sans intérêt à notre avis.) Dans cet hôtel c’est la fête chaque soir. Sur une grande roue au sein d’une immense cheminée au centre de la pièce
où l’on boit et danse, tournent des escalopes farcies et des truites, des tziganes jouent. Ce soir ils jouent pour nous, tous les airs venus de France, tout ce que nous leur demandons, nous
sommes les rois d’une fête dont nous ne comprenons pas le sens. à minuit les enfants archi-gâtés, un peu ivres partent se coucher, c’est l’heure où la boîte ferme, les fêtards nous entraînent
ailleurs dans un dancing, suivent nos tziganes et les huiles. Nous danserons encore quelques heures… Nous serons invités par l’architecte à l’inauguration du lendemain : une nouvelle salle
de restaurant de l’hôtel… où nous mangerons aux frais de la princesse un repas délicieux.
Finalement nous nous éclipsons pour échapper aux sollicitations érotiques de nos amis, mais arrivée à l’hôtel mauvaise surprise : tout est clos. Impossible de
rentrer ! Heureusement nous avons plus d’un tour dans notre sac, nous avisons une fenêtre entrebâillée nous passons par là. Une petite grimpette et nous sautons dans une pièce pleine de
dormeurs allongés à même le sol ! Nous enjambons des corps en silence et fuyons ce triste « dortoir ». Ainsi lorsqu’on manque de chambres dans ce pays on réquisitionne
celles des employés, je suis atterrée de ce que je découvre... Un tel manque de respect ! ! ! Nous regagnons notre petite chambre sous les combles, qui en a-t-on chassé pour
nous ? Malgré les abus dont nous avons été les témoins, nous ne nous déroberons pas à la fête du lendemain.
Qui est ce gros bonhomme assis dans le hall, comme dans tous les hôtels où nous sommes passés et qui surveillent là sans rien faire ? Des commissaires du
peuple dit-on. Hiérarchie compliquée qui nous échappe totalement… Après la fête nous repartons pour Prague sans oublier de bifurquer vers un château «hanté» dans les Carpates comment pourrait-il
en être autrement ? Marc comme à son habitude court devant et, hop, tombe dans un trou ! On nous entoure, vite une ambulance vient chercher le rescapé. Hôpital, radio, points de
suture, bref sans être grave beaucoup de soins et d’attention. Marc peut quitter l’hôpital mais il devra faire retirer ses points à Prague. Naturellement j’offre de payer. Je sais qu’ici la santé
est gratuite mais pour nous ! On me regarde étonné. Une jeune femme parlant français explique qu’il n’y a pas de caisse, pas de prix, que c’est impossible de payer. Je propose un cadeau pour
l’ensemble du personnel… Elle refuse avec fermeté, je n’ose insister davantage, toujours le pire et le meilleur…
À Prague nous retrouvons nos amis qui partent en vacances en Italie dans quelques jours. Nous décidons de prolonger notre séjour et de faire route avec eux. C’est
la joie, mais il nous faut aller à la police pour faire valider la prolongation de nos visas. Là, surprise, nous aurions dû faire tamponner nos passeports dans toutes les villes
traversées ! ! ! Nous sommes si ahuris que le brave policier fait une énorme entorse au règlement en tamponnant toutes les pages de nos passeports comme si nous n’avions jamais
quitté Prague. Qu’aurait pu lui coûter son geste ?
Cette fin de séjour sera divine. Nos amis libres nous accompagneront partout. Le dimanche Vera nous cuisinera le repas national tchèque. Un vrai désastre, les
grands feront un effort Marc 13 ans est maintenant raisonnable, mais Catherine fond en larmes, elle aurait tellement voulu faire plaisir à Véra qu’elle adore, mais impossible de manger toutes ces
horreurs, elle a patienté jusqu’au dessert. Hélas ! C’est pire que tout, Véra a beau lui assurer que la princesse Margaret a adoré, elle sanglote éperdument devant son assiette de pruneaux,
enrobés de pâte cuite à l’eau. Nous oublierons vite ce triste repas en invitant nos amis au plus grand restaurant de Prague. Soirée inoubliable, le pavillon français de l’exposition
internationale de Bruxelles déposé comme par enchantement sur un promontoire le long de la Vltava, le fleuve qui traverse Prague aussi paresseusement que la Seine Paris. Claude a composé un menu
digne des plus grands restaurants parisiens. Tout est parfait, le service, le cadre, les mets d’une finesse exceptionnelle nous nageons dans le plaisir. Zdeniek, en tchèque, comme à son habitude
plaisante : « Ils n’arriveront pas à manger tout ça ! » Vera traduit... mais nous mangerons tout, pour une somme ridicule 10 fois moins qu’à Paris nous avons fait un repas comme nous
n’en ferons plus jamais. Nous verrons encore quelques châteaux et ce sera le départ pour l’Autriche. Les mauvaises routes Tchèque à travers la Bohême et enfin Salzburg. Salzburg mauvais
souvenir ! Le beau Danube bleu charriant son eau sale. Et un flic nous apostrophant en allemand avec cette voix brutale dont j’ai gardé le souvenir et qui me donne la chaire de poule comme
quand j’étais enfant. On ne se croirait pas en Europe ici, beaucoup moins qu’à Prague. Aux devantures des magasins, bien achalandées certes, s’étale la différence, toutes les robes sont pourvues
d’un petit tablier y compris les robes du soir. Si ce n’est pas bien préciser que les femmes sont des servantes qu’est-ce alors ? Et ce flic, n’a-t-il pas vu que nous étions de bonne
foi ? Il continuait de crier malgré les protestations de Véra, lui expliquant que nous ignorions que seuls les endroits pourvu d’un panneau d’autorisation était permis ; alors qu’en
France c’est le contraire, seuls les endroits pourvus d’un panneau d’interdiction sont interdits donc comme il n’y avait pas de panneaux nous avions cru que c’était autorisé… finalement non
quittons Salzburg sans regret, mais le cœur serré car nous pensons ne revoir nos amis que dans un an… Enfin après ce grand périple nous entrons dans Strasbourg ! Strasbourg belle et
magnifiquement fleuri. Comme c’est beau la France ! Il y flotte un air de liberté comme nulle part ailleurs !
(Extrait de La Petite Maison en Pierre de Taille)